Le jeu coopératif pour apprendre à demander de l’aide

Je suis avec 2 amis en camping-car, on roule tranquillement, la route est dégagée, la visibilité est bonne, tout va pour le mieux. Quand soudain, un bruit sur le côté droit, quelque chose nous a percutés !
Je descends et que vois-je : une chèvre ! Elle n’a pas l’air trop amochée.
Je m’approche et elle commence à me charger ! Je me fais bolosser par une chèvre et je me retrouve projeté au fond d’une crevasse, avec les 2 jambes cassées, à l’agonie. J’appelle à l’aide mes comparses restés plus haut.

Ceci est une scène tout à fait courante dans RV There Yet?, jeu coopératif où l’on traverse une étendue déserte avec une faune locale plus ou moins amicale. Dans ce jeu, nous sommes obligés de nous entraider pour avancer. On demande de l’aide constamment.

Et aujourd’hui c’est mon point de départ, mon laboratoire, pour comprendre pourquoi c'est si compliqué de demander de l’aide.

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Autonomie et indépendance

Pour ma part, je n’ai pas su faire la différence entre autonomie et indépendance pendant très longtemps et cet article me permet de mettre un cadre un peu plus théorique :

  • L’autonomie est notre capacité à réaliser les actes quotidiens, à utiliser notre libre arbitre et à agir sans dépendance excessive. Organiser sa vie et prendre des décisions alignées avec ses valeurs.
  • L’indépendance se focalise sur la réalisation concrète d’actions sans aide extérieure.

Le jeu coopératif me permet également de mettre en avant l’interdépendance : une dépendance réciproque et mutuelle entre personnes, où chacun contribue à l’autre sans subordination.

Ce sont ces interactions qui favorisent un équilibre sain dans les relations humaines et en santé mentale : se soutenir mutuellement et chacun garde son identité tout en valorisant les apports de l’autre.

Être autonome, c’est savoir orchestrer ses interdépendances.

Dans cette phrase, Charles Gardout, anthropologue français spécialisé dans le handicap et la vulnérabilité, met l’accent sur l’idée que l’autonomie ne signifie pas l’isolement.

L’hyper-indépendance : pourquoi demander de l’aide est si dur

Vouloir tout faire seul, refuser de l’aide, éviter de compter sur autrui, bref se débrouiller seule en toutes circonstances. Si, comme moi, vous vous retrouvez dans ces phrases, vous savez très certainement que cela contribue grandement à une fatigue importante et mène aussi à l’isolement.

C’est une forme d’autonomie qui serait un peu trop rigide, avec un besoin de contrôle excessif, à une peur d’être déçu ou incompris. C’est un réflexe que nous avons mis en place après une blessure ou dans un contexte peu apte à répondre positivement à une requête.

Comme tout réflexe, ou habitude, il est possible d’en apprendre d’autres et de les mettre en application. Et le jeu coopératif peut être un formidable espace d’expérimentation.

Nos biais psychologiques

Que nous disent nos pensées au moment où l’on pourrait avoir besoin d’aide ?

  • Que vont-ils penser de moi ?
    → Biais de jugement social, on surestime le regard négatif si on montre sa vulnérabilité.
  • Que je suis nul ? Que je suis faible ?
    → Autostigmatisation, on a intériorisé le fait que demander de l’aide c’est être faible.

Demander de l’aide active le stress social, on a peur du rejet, on anticipe la honte basée sur des expériences passées.

Que se passe-t-il quand nous recevons une réponse positive ? Notre stress est apaisé, on active les circuits de récompense sociale, on a un sentiment de lien, de sécurité.

Notre cerveau, avec sa qualité de plasticité, nous permet de lentement mais sûrement le reprogrammer. On peut le faire via de petites demandes, et ça a un impact sur notre sensation de solitude, notre santé mentale et sociale.

La santé sociale, Kézako ?

La santé sociale complète la santé physique et mentale en mettant l’accent sur le lien social, le contexte et la capacité à trouver sa place dans la société. C’est notre capacité à entretenir des relations satisfaisantes, à être reconnu et à participer à la vie collective, tout cela dans les conditions qui soutiennent le bien-être. Notre santé ne dépend pas seulement du corps ou du psychisme, mais aussi de nos liens et de notre participation à la vie collective.

Demander de l’aide, c’est donner la chance aux autres de participer, de contribuer à notre vie. C’est l’occasion de créer du lien.

Le jeu coopératif comme terrain d’entraînement

C’est intéressant d’observer votre façon de jouer : est-ce que vous avez tendance à vouloir tout faire, tout décider ? Est-ce que vous arrivez facilement à demander de l’aide ? Qu’est-ce que ça vous fait ? Quel est l’impact sur le groupe ?

Dans les jeux, nous avons des avatars qui n’ont pas tous les mêmes compétences, les mêmes atouts, les mêmes équipements. Une bonne équipe, c’est une équipe qui est composée de joueurs connaissant les limites de leur avatar, leurs points forts, et sachant s’adresser à la bonne personne une fois son besoin clarifié.

Comment mieux demander de l’aide ?

Déjà il faut savoir identifier quand on a besoin d’aide. Pour vous aider, une petite liste de signaux à prendre en considération :

Illustration pour identifier les signaux

Dans le flow de la vie quotidienne, on ne fait pas toujours attention à ses signaux. Il faut apprendre à s’écouter et, pour le faire, on peut créer de nouvelles habitudes, comme faire un mini-check quotidien, très rapide :

  1. "Comment je me sens là ?"
    Pour nous aider à répondre à cette question, il existe des outils, dont la roue des émotions. On part d’un mot large pour affiner, préciser des émotions plus concrètes.
La roue des émotions.
  1. "Est-ce que je sais pourquoi je me sens comme ça ? Qu’est-ce qui occupe mon esprit aujourd’hui ?"
    Pour trouver le pourquoi, on peut regarder du côté de nos besoins et se demander si l’émotion sélectionnée plus haut est en relation avec un ou plusieurs de nos besoins. Pour vous aider, je vous propose une petite fiche qui condense l’ensemble de nos besoins.
La liste condensée des besoins universels.

Formuler une demande claire

Une fois les éléments précédents déterminés, il est plus simple de formuler une demande claire, précise et limitée dans le temps, à la personne ou au groupe que vous avez identifié comme étant le plus apte à vous apporter de l’aide. Pour éviter d’ajouter de la charge mentale à celui qui reçoit la demande, on peut appliquer le cadre suivant :

Cadre pour la formulation d’une demande claire.

Pour vous lancer, il va falloir tolérer la gêne (au moins au début) et envisager la possibilité d’un non. Et je pense qu’il vaut mieux un "non" franc qu’un petit "oui". Le "non" n’est pas une réponse à prendre personnellement, la personne en face a toutes les raisons du monde de ne pas avoir le temps, l’énergie, les compétences pour vous aider.

Et de notre côté, on ne fait que demander, proposer une interaction. On n’impose pas, on fait une tentative. On apprend à mieux se comprendre, se connaître, à formuler une demande précise. Chaque tentative est une étape dans l’apprentissage, dans la progression.

Et c’est pour cela que je trouve que le jeu coopératif est un super terrain d’entrainement pour notre compétence à demander de l’aide.

Si vous avez des retours, des axes d’améliorations, des recommandations autour de ce sujet, c’est avec plaisir que vous pouvez me contacter ici :

Merci de m’avoir lu, amusez-vous, prenez soin de vous ! 🙏

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Greg

Greg

Créateur de contenu et de jeu autour du bien-être.
Lyon